En amont de la Biennale Révélations, où ils seront exposés pendant D’Days, nous avons interrogé les binômes d’artisan d’art / designer de Péri’Fabrique, le programme D’Days de co-création soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller avec le territoire d’Est Ensemble Grand Paris et Les Ateliers de Paris. Suivez-nous dans les backstages de Péri’Fabrique 2017. Du design, des métiers d’art et du love !

C’est à l’atelier de Valentin Roman, ébéniste à Ici Montreuil que nous avons rencontré le « trouple » qu’il a formé avec Nathanaël Désormeaux et Damien Carrette de Désormeaux / Carrette Studio. Ensemble ils ont fabriqué le meuble XYZ d’inspiration japonaise. Discussion.

D'Days

Pouvez-vous présenter votre atelier/studio en quelques mots ?

Damien Carrette

Avec Nathanaël on a crée Désormeaux / Carrette Studio il y a 3 ans. On s'est connu il y a 10 ans en BTS de design produit à l'École de Condé de Lyon. Nous avons ensuite poursuivi en master à Strate. Puis on s'est retrouvé par hasard à Londres, où j’ai travaillé chez Doshi Levien pendant 2 ans.

Nathanaël Désormeaux

Après une expérience chez Michael Young à Hong Kong, je suis donc parti à Londres où j’ai travaillé avec Benjamin Hubert. À la suite de nos différentes expériences on s'est dit que l’on allait créer un studio ensemble. Désormeaux / Carrette Studio est né en 2014.

Notre travail s’inscrit dans une double démarche à la fois très décorative, apportée par Damien et mon approche plus technique.

Notre première pièce, réalisée dans le cadre d’un appel à projet lancé par le VIA était une chaise en métal cintré. Le cintrage était complexifié de telle sorte à simplifier l'assemblage. Les deux tubes s'enlaçaient l'un dans l'autre et se compensaient mécaniquement, il n'y avait pas besoin de soudure ou de vis. Ce projet illustre bien la manière dont on dialogue et travaille ensemble.

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Et toi Valentin ?

Valentin Roman

Avant, j'étais photographe dans le milieu de la mode. J'ai toujours été sensible à l'esthétique au sens large du terme. Et il y a 5 ans, j’ai ressenti une envie, un besoin même, de construire et faire quelque chose de mes mains. La photo ne me donnait pas cette satisfaction. J'ai donc décidé de changer radicalement de métier. J'ai intégré une formation d’ébéniste pour adulte à l'École Boule pendant une année. Suite à cela, j'ai essayé de me confronter au monde du travail. Mais j'ai vite compris que c’était un domaine exigeant où l’on commence souvent très tôt en apprentissage. J’étais adulte, moins maniable. Les employeurs n’envisageaient pas de me donner un salaire pour que je puisse apprendre.

J'ai eu différentes expériences en stage et en intérim, jusqu'au jour où ma belle-mère m'a demandé de lui fabriquer une table en bois massif en me disant : « fais comme si j'étais un client à toi ! ». J'ai donc loué une place temporairement à Ici Montreuil pour me lancer. Ça n'a pas été facile, mais suite à cette expérience, j'ai réalisé que c’était un métier qu’il fallait que j’exerce seul. Grâce à des connaissances, j'ai commencé à avoir des chantiers (agencements, mobiliers), et puis petit à petit les choses se sont enchainées, jusqu'à cette collaboration avec Nathanaël et Damien. 

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Pouvez-vous nous présenter votre création pour Péri’Fabrique #6 ? Comment vous est venue l’idée de ce projet ?

Nathanaël Désormeaux

Nous avons créé un meuble inspiré au niveau de la cinétique d’assemblage et de l’architecture d'un détail de charpente utilisé au Japon qui sert à verrouiller l’ouvrage. On a souhaité extraire ce détail, le mettre à une autre échelle et s’en servir, non pas pour bloquer la charpente mais pour en faire un système amovible. L’idée est de dire que le meuble n’est pas forcément quelque chose de fixe, qui ne bouge jamais, mais qui peut s'ouvrir pour offrir une certaine position et répondre à différents usages.

Damien Carrette

Ce qui nous intéressait dans l'assemblage japonais c'était de créer un scénario autour du meuble. À partir d'un objet que l'on croit fixe, on vient créer une histoire, une véritable cinématique. Par cette forme, on sort l'objet de sa place habituelle - c'est à dire contre un mur - pour qu'il devienne aussi un élément architectural dans une pièce, puisqu'il peut se positionner au centre, on peut tourner autour. On aime repenser le mobilier et là c'est cet assemblage japonais qui nous a permis de le faire.

D'Days

Comment s'est passée la collaboration ?

Valentin Roman

De mon côté j'ai eu l'opportunité de rencontrer deux profils de collaborateurs potentiels pour ce projet de co-création, dont le duo formé par Nathanaël et Damien. J'ai aimé leurs parcours professionnels et leurs expériences. Dès le premier rendez-vous j’ai senti que nous partagions des choses en commun. Par exemple ce principe d'assemblage japonais représente le graal absolu pour un ébéniste : épuré, beau, éternel. 

Nathanaël Désormeaux

On ne se connaissait pas du tout. Nous avons débuté en apportant chacun ce qui nous intéressait dans nos métiers. Donc nous sommes venus avec des images, des moodboards... Parmi les différents intérêts il y en a un qui est apparu comme évident, c'était la manière dont les pièces s'assemblent entre elles. Nos recherches se sont ensuite concentrées autour de la charpente et des principes de verrouillage. Le rapport entre le mouvement et l’architecture de l'objet nous intéressait et on s'est dit qu'il y avait quelque chose à explorer.

Nous avons alors commencé à dessiner à 6 mains. Damien et moi avons commencé par construire la pièce sur des logiciels informatiques, puis c’était au tour de Valentin de passer au prototype. Il y avait un réel dialogue entre théorie et prototype. 

Valentin Roman

J'ai énormément apprécié cette collaboration, tout était fluide et naturel. Il y avait un réel échange entre nous trois et j’ai pu donner mon avis. Je n’étais pas cantonné qu'à la fabrication.  

D'Days

Valentin, qu’as-tu apprécié dans le travail de Damien et Nathanaël ?

Valentin Roman

À vrai dire je les ai d'abord appréciés humainement et je pense que c’est ce qui a permis à notre collaboration de fonctionner. C’est certainement plus important qu'il se passe quelque chose humainement, plutôt qu'on ait les mêmes goûts, les mêmes envies. 

D'Days

Et vous Damien et Nathanaël, qu’avez-vous apprécié dans le travail de Valentin ?

Damien Carrette

De notre coté, on a rarement eu l’occasion de collaborer avec des artisans. On travaille essentiellement avec des industriels, donc on ne savait pas à quoi s'attendre. On avait entendu dire que l'artisan pouvait mettre des limites, qu'il n'aimait pas trop être challengé, mais ce n’est pas du tout ce qui s'est passé avec Valentin. On a toujours été dans le dialogue et même quand le projet paraissait trop ambitieux. Valentin n'a jamais eu peur, il a toujours dit "on va essayer".

Le meuble n’était pas gagné d'avance, il y avait des problématiques de stabilité, des questions concernant la façon dont la pièce allait s'articuler. À chaque discussion avec Valentin c'était très intéressant, notamment de par son parcours riche et de son ancien métier de photographe. Il a un regard, une esthétique, une notion des formes, des volumes, des couleurs aussi. 

D'Days

Votre actualité pour 2017 ?

Valentin Roman

Suite à notre collaboration pour Péri'Fabrique, nous avons répondu avec Nathanaël et Damien à un appel d'offre pour réaliser le mobilier de la salle des mariages de la Mairie de Pantin.

Nathanaël Désormeaux

On a un métier à plusieurs facettes. L'ameublement, dans le sens classique du terme, avec des éditeurs français (récemment avec Cinna, La Manufacture du design) mais aussi étrangers - anglo-saxons notamment.

Damien Carrette

On fait des interventions pour du design industriel, récemment pour des fours, des plaques de cuissons. On travaille comme retailer, sur le développement des magasins, notamment pour le groupe L'Oréal. On est aussi en train de développer notre marque de trottinette, qui s'appelle "La galoche".

Nathanaël Désormeaux

L'idée c'était de changer l’image de la trottinette qui est considérée come un jouet pour enfant ou un objet technique. Nous vivons à une époque où l’on essaye de chasser les voitures hors de la ville, il faut donc réinventer la manière dont on se déplace en milieu urbain. Un copain nous a suggéré de repenser la trottinette, d'en faire un objet élégant, que l'on a envie de sortir, que l'on puisse assumer ! Et en ce moment on est dans le cœur du développement industriel ! C'est enthousiasmant d'aller voir d'autres champs que le mobilier. 

Damien Carrette

Aussi, juste après l'exposition Péri'Fabrique au salon Révélations, nous partons au Japon dans le cadre du programme Kyoto Contemporary avec les Ateliers de Paris. 

Valentin Roman

Pour ma part je ne vais pas à Kyoto mais je vais livrer une grande table de réunion de 3m50 extensible avec des rallonges. J'ai également deux autres projets de mobilier en bois massif, une table basse et une table de salle à manger. Et j'espère que l’on obtiendra le projet pour la Mairie de Pantin. 

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Découvrez Péri’Fabrique #6 au Grand Palais pour Révélations, du  jeudi 4 mai au dimanche 7 mai de 10h à 20h et le lundi 8 mai de 10h à 19h.

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