Raphaël Pluvinage

Lauréat Design 2016 du prix Audi talents awards 1/2

 

Lauréat 2016 du prix Audi talents awards dans la catégorie design, diplômé de l’ENSCI après un cursus scientifique, Raphaël Pluvinage confronte matière et électronique avec une double approche ludique et instructive. Au centre de son travail : l’expérience et l’interaction de l’utilisateur. Il partage avec nous son parcours, sa pratique du design et revient sur l’origine de « Papier Machine », son projet primé en collaboration avec la jeune designer Marion Pinaffo, qui sera exposé au Musée des Arts décoratifs du 2 au 14 mai 2017 dans le cadre du Festival du Design D’Days.

D'DAYS

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

RAPHAËL PLUVINAGE

Je suis diplômé depuis mars 2015 de l’ENSCI. Avant cela, j’ai étudié dans une école d’ingénieur à l’université de technologie de Compiègne (UTC), une filière extérieure au monde du design. J’étais très attiré par les mondes, les sujets que les ingénieurs abordent, mais je ne me suis jamais senti ingénieur. Je me suis vite rendu compte que je voulais être designer. J’ai donc décidé de partir un an à Berlin pour intégrer le master Design Interface et je me suis dit qu’il était temps de mettre les mains dans la matière… C’est pour cette raison que je suis entré à l’ENSCI.

DD

Comment est venue ta volonté d’étudier le design ?

RP

Ma volonté d’étudier le design est venue très tôt. J’ai l’impression d’avoir toujours su que je voulais être architecte et designer. Le problème, c’est que j’avais la caractéristique de ne pas être trop mauvais en maths, de m’intéresser à l’informatique et aux codes… Forcément, quand on a ce type de compétences, les conseillères d’orientation et l’entourage vous incitent à aller vers des filières scientifiques. Ce qui m’intéressait dans ces métiers c’était plutôt la forme, l’univers. Avec le temps, j’ai compris que les deux n’étaient pas incompatibles et, en passant par l’ENSCI, je suis arrivé à créer ma propre démarche.

DD

Tu as fait une intervention au Share & Learn du Forum Think Life [ndlr : le forum prospectif de D’Days et Artevia, mettant le design au cœur de la réflexion] pour nous parler de tes pratiques expérimentales du design. Peux-tu nous expliquer ce que tu entends par là ? Comment cela se traduit-il dans ton travail, tes projets ?

RP

Au Forum Think Life, j’ai présenté une série de projets qui abordent la question de la frontière entre la matière et l’électronique – ou entre la matière et le numérique. Parmi ces travaux, il y a « Noisy Jelly » et « Papier Machine », un projet que je continue maintenant avec Marion Pinaffo.

Pour chacun de ces projets, notre intention est de dessiner les formes. Mais pas uniquement les formes visuelles. Il s’agit également de définir les formes de l’interaction – la manière dont on va interagir avec les objets. On dessine aussi l’électronique qui, normalement, reste caché dans une boite. L’enjeu est de révéler ces formes pour permettre à chacun de comprendre comment cela fonctionne.

DD

Il y a un lien fort avec l’expérience, l’interaction, le jeu dans ton travail…

RP

Oui, de manière générale je ne sais pas très bien comment je me définis, je me positionne plutôt par rapport à mes projets. Il y a le terme « design d’interaction » qui est souvent utilisé… mais pas de la manière dont je l’imagine. Pour moi, c’est l’idée de « designer l’expérience », lorsque la forme du projet correspond à l’esthétique de l’interaction. Car la manière dont on va utiliser un objet conditionne sa forme. Dans le processus créatif, on peut dire que le point de départ du dessin et de la forme, c’est l’action : travailler avec cette idée d’objets en action, d’objets en mouvement, d’objets qui vont être manipulés. Une interaction n’est donc pas seulement une fonction, il y a aussi un enjeu esthétique, un certain langage à trouver. Les jouets constituent un terrain d’application idéal de cette pratique.

« ...il y a, à la fois, une recherche de forme, d’imaginaire, un aspect ludique, et un côté instructif qui vise à déconstruire la complexité des boîtes noires qui nous entourent. »
DD

Papier Machine, projet développé avec Marion Pinaffo, également diplômée de l’ENSCI, a été primé aux Audi talents awards 2016, catégorie design. Peux-tu nous présenter ce projet ?

RP

Ce projet est né à la suite de mon mémoire – ou plutôt d’une envie née suite à mon mémoire de fin d’études à l’ENSCI qui parlait des algorithmes. Les algorithmes, ce sont tous ces programmes qu’il y a dans nos ordinateurs. Dans ce mémoire, j’essaye d’expliquer comment le design peut aider, à travers différents outils, à décortiquer et à montrer comment fonctionnent les algorithmes. C’est un peu un instrument de déconstruction. Avec Marion, nous avons eu envie d’appliquer cette démarche à l’électronique.

Notre approche était d’explorer les objets qui nous entourent – le téléphone portable par exemple – et d’analyser leur comportement : que ce soit le fonctionnement d’un capteur, d’une onde ou d’un programme. Notre intention était de montrer que derrière cet électronique – de prime abords assez magique – il y a toujours des principes physiques, chimiques, qui sont en réalité extrêmement simples. Ils apparaissent complexes car ils sont cachés, qu’il y en a une grande quantité, imbriqués dans un espace physique réduit. Mais en y regardant de plus près, tout s’explique assez facilement.

Papier Machine est né de cette idée. De ce concept a découlé un cahier regroupant une douzaine d’objets électroniques en papier, et qui s’apparentent à des jouets. Chacun d’eux présente des composants électroniques et propose un principe que l’on souhaite démontrer. L’utilisateur est invité à manipuler le cahier : il faut venir terminer l’assemblage du jouet, finir son montage, jouer avec, le déchirer, etc. Papier Machine se situe vraiment à la frontière entre un outil de vulgarisation (je n’aime pas beaucoup ce mot mais je n’en ai pas trouvé d’autres plus adaptés) et un jeu. Il me semble essentiel d’insister sur ce point car on a trop souvent tendance à classer ce projet comme un outil pédagogique alors qu’il y a, à la fois, une recherche de forme, d’imaginaire, un aspect ludique, et un côté instructif qui vise à déconstruire la complexité des boîtes noires qui nous entourent.

DD

Papier Machine va se développer grâce à l’accompagnement des Audi talents awards, peux-tu nous dévoiler quelques grands axes de travail ?

RP

Honnêtement, c’est encore tôt ! Il reste encore beaucoup de choses à définir au niveau du dessin et au niveau du développement. Plusieurs jouets sont en cours. Ce qui est certain, c’est que ce projet a été pensé pour être manipulé. J’ai un peu de mal à me dire qu’il va rester à l’état de prototype dans notre atelier – ou en vidéo – alors que l’on travaille sur l’interaction. Le meilleur moyen de le juger est de le montrer et de le manipuler. Je pense qu’un gros travail sera fait au cours de l’année pour imaginer une exposition qui permette au public d’expérimenter ces jouets. Une grande partie de la réflexion sera donc portée sur les formats et l’articulation de la monstration.

DD

As-tu pu visiter le Festival du Design 2016 ? Est-ce qu’un projet a retenu ton attention en particulier ?

RP

J’ai notamment visité le parcours D’Days dans le Musée des Arts décoratifs. Je dirais qu’il y a deux expositions qui ont retenu mon intention : Taiwan Unfolding (ndlr : l’exposition « Taiwan Unfolding » conçue par Hand in Hand) autour du papier justement, et l’exposition de François Azambourg (ndlr : « La Nature des choses », commissariée et produite par oriented – Sylvie Chevallier).

Dans cette dernière, je me souviens d’un principe scénographique qui m’a beaucoup plus : l’utilisation de deux rubans de leds, qui suspendu d’une certaine manière, dessinait une sorte de ligne électrique miniature, évoquant ainsi un paysage. Cela m’a fait penser à la démarche que nous avons avec « Papier Machine » : sortir les composants électroniques de leur contexte « technologique » et faire appel à l’imaginaire pour tenter de raconter une histoire et les mettre sous un regard nouveau. Quand on regarde une carte électronique ou une carte mère dans un ordinateur par exemple, on s’imagine des villes, des routes, des trains. C’est cet exercice-là qui m’intéresse : ouvrir un composant avec l’intention de démontrer sa fonction, certes, mais aussi jouer avec ses formes et se l’approprier.

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Actualités

« Noisy Jelly » sera exposé du 24 septembre 2016 au 29 janvier 2017, au Musée des Arts Décoratifs et du Design, à Bordeaux (MADD) dans le cadre d’une exposition autour de la collection du Centre national des arts plastiques (Cnap). En décembre 2016 et janvier 2017, un focus sur la recherche autour du projet sera présenté à la Cité Frugès – Le Corbusier à Bordeaux (Pessac).

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