Marion Pinaffo

Lauréat Design 2016 du prix Audi talents awards 2/2

 

Expliquer de façon simple et ludique des phénomènes scientifiques, c’est la mission de « Papier Machine » le projet de recherche mené par Marion Pinaffo & Raphaël Pluvinage, le duo lauréat Audi talents awards Design 2016. Il sera exposé pour la première fois au Musée des Arts décoratifs pendant le Festival du Design. Après avoir interviewé Raphaël l’été dernier, c’est au tour de la jeune designer de répondre à nos questions. Bienvenue dans l’univers singulier et coloré de Marion Pinaffo.

D'Days

Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours ? 

Marion Pinaffo

Je suis designer indépendant. J’ai obtenu mon diplôme de création industrielle à l’ENSCI-Les Ateliers à l’été 2013, avant ça, j'ai fait un BAC Arts Appliqués à Toulouse et un DMA (Diplôme des métiers d'art) métal à Olivier de Serres. Je viens du sud de la France. Depuis que je suis sortie de l'école, j'ai travaillé au studio Doshi Levien à Londres et aussi avec le dessinateur Bonnefrite. Entre temps, a débuté ma collaboration avec Raphaël Pluvinage. En ce moment, j’ai aussi des projets avec l’atelier de graphistes Formes Vives. 

D'Days

À l’ENSCI vous avez mené un projet de diplôme autour de la fête, d'où vous est venue cette idée ? 

Marion Pinaffo

Pas forcément de l'école puisque j'ai surtout fait des projets de design industriel à l'ENSCI. Mais, j’étais encore étudiante lorsqu’on m’a demandé de mettre en scène un vernissage pour une rencontre d'art contemporain dans un village du sud de la France. J'ai alors imaginé une installation qui permette aux invités de vivre un moment particulier tout en essayant de jouer avec les codes du vernissage classique. Mon but était de trouver une forme de dispositif joyeux grâce auquel même le public qui n'est pas habitué à l'art contemporain aurait envie de venir. J’ai alors commencé à me poser des questions sur ces moments de fête et de joie. Cet événement à été le point de départ de ma réflexion.

D'Days

Votre travail oscille entre le design et le graphisme, vos créations sont singulières et colorées. D’où vient votre inspiration ?

Marion Pinaffo

Je dirais que c'est plus du design très graphique que du graphisme. Je travaille régulièrement sur des projets éphémères donc je peux me permettre de faire des choses visuellement fortes, qui seraient peut-être un peu trop lourdes au quotidien.

Au niveau de l’inspiration, je vais voir plutôt du côté de l’art que du design. Prendre le design comme inspiration c'est difficile, le travail est déjà mâché par d'autres. Je suis très sensible aux arts populaires, au folklore, aux rites et aux traditions, il y a plein de choses à aller puiser au niveau des gestes et des objets. C'est assez fort tout ce que les gens peuvent créer pour des moments qui semblent « inutiles ».

D'Days

En juillet dernier, dans une interview pour D’Days, Raphaël nous disait que Papier Machine, le projet primé aux Audi talents awards 2016 était encore à l’état de prototype, où en est-il aujourd’hui ?

Marion Pinaffo

L'année dernière, on avait plutôt des maquettes que nous avions fabriquées nous-même. Cette année, nous aurons de vrais prototypes fabriqués par des industriels. Mais ce n'est pas encore au stade de l'industrialisation, ce sont des prototypes. Nous sommes en train de redéfinir toutes les formes et le graphisme, et les fichiers seront bientôt envoyés chez un imprimeur.

On a fait beaucoup de rencontres pendant cette période de recherche, autant du côté de l'électronique imprimée que de l'industrie graphique. C’est deux mondes qui ne se côtoient pas forcément, pour le moment. On a choisi de travailler avec des imprimeurs dits classiques en amenant notre propre expertise avec des encres spécifiques.

D'Days

Vous imprimez des circuits, c'est bien ça ? 

Marion Pinaffo

Oui, le mot "circuit-imprimé" prend toute sa valeur au niveau de la définition. L’idée est d’imprimer avec des encres métalliques pour que l'électricité passe au travers de l'impression. C'est quelque chose qui existe depuis très longtemps, par exemple tous les claviers des ordinateurs autour de nous sont faits ainsi. Mais qui est peu développé dans le monde du papier. Les impressions d'encres sont restées du côté du film plastique. 

D'Days

Lors du Festival du Design D’Days, vous révélerez « Papier Machine : le secret des boîtes noires » et « Papier Machine : Arcade Room ». Qu’est-ce-que le public pourra expérimenter avec ces deux projets de la série ?

Marion Pinaffo

Le public va pouvoir découvrir, tout d'abord, le cahier Le secret des boites noires qui explique le fonctionnement de plusieurs composants électroniques avec une quinzaine de jouets en papier.

Ensuite, Arcade Room, c’est l’adaptation de certains principes de ces jeux à grande échelle que le public pourra manipuler. Il y aura, par exemple, une sorte de tapis avec des confettis conducteurs et une cible qui explique le principe de capteurs d'humidité, sur laquelle on peut tirer avec des boulettes de papier-mâché déclenchant ainsi des sons.

D'Days

Quel message souhaitez-vous transmettre avec Papier Machine ?

Marion Pinaffo

Je pense que l'on voit Papier Machine comme une manière de transmettre des savoirs qui peuvent sembler obscurs et inaccessibles. Comme par exemple le fonctionnement de l'électronique : personne ne nous incite à comprendre comment ça marche. On part du principe que ces mécanismes sont compliqués. Le but est d'expliquer des phénomènes, qu'ils soient scientifiques ou théoriques de façon simple, à partir de matériaux, de gestes du quotidien ou par le jeu.

D'Days

Comment s’est passée la collaboration avec Raphaël ? Quelles sont les missions de chacun pour ce projet ?

Marion Pinaffo

Raphaël a un diplôme d'ingénieur qu'il a passé à Compiègne, donc c'est sûr qu'il est plus calé que moi en ce qui concerne électronique. Mais on n'a pas vraiment de rôles définis, nous savons plus ou moins faire la même chose, on travaille ensemble tous les jours. On se concerte, on n'est pas toujours d'accord, ce qui est à la fois pénible et pratique puisque ça nous pousse, c’est stimulant. À deux on va plus loin que si on était tout seul, on cherche à se dépasser par rapport à ce qu'on est capable d'apporter. Bien évidemment on a des affinités. Parfois, j'ai envie de me lancer dans un projet, et Raphaël dans un autre, alors on en imagine un troisième.

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« Papier Machine » sera présenté au Musée des Arts décoratifs pour le Festival du Design D’Days, du 2 au 14 mai 2017 à Paris.

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