Pour le Festival du Design, Joran Briand et Panerai ont trouvé ensemble un terrain d’entente : la mer. Joran est né en Bretagne et s’est formé au design à Olivier-de-Serres, puis à l’EnsAD. Aujourd’hui, il a fondé son propre studio, avec un pied à Paris pour ses activités professionnelles, un autre en Bretagne pour pratiquer le surf. Comment conjuguer sa passion pour l’océan et ses activités de designer ? Joran est venu nous parler de son parcours et du tabouret Tool qu’il présentera au sein de l’exposition « Submersion » proposée par D’Days et Panerai pour le Festival du Design.

D'Days

Peux-tu revenir sur ton parcours ?

Joran Briand

Je suis né en Bretagne à Vannes. J'ai toujours aimé bricoler, enfant je dessinais beaucoup. Après mon baccalauréat, je me suis naturellement tourné vers une école d’art appliqué. Je suis parti à Paris pour faire un BTS à Olivier-de-Serres puis j’ai continué ma formation aux Arts Décoratifs de Paris. Diplômé, je suis parti un an à New York chez Designboom, une agence d’architecture intérieure, j’ai travaillé sur une boutique Lalique et un loft à Soho. Je suis ensuite rentré à Paris et j’ai eu la chance de travailler aux côtés de Noé Duchaufour en tant que chef de projet pour les salons Air France.

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Tu as créé ton propre studio, tu nous racontes ?

Joran Briand

Dès la sortie de l'école et en parallèle de mes expériences en agences, j’avais des projets personnels. J'ai toujours eu ce désir d'indépendance.

En 2011, j’ai participé en tant que designer au concours du nouveau ministère de la Défense à Balard. J’ai dessiné le mobilier et l'architecture d'intérieur du projet de Norman Foster pour le groupe Eiffage. On a malheureusement perdu le concours mais ce projet a été un déclencheur, il m’a permis de franchir le pas et de prendre mon indépendance. Au lancement du studio, je me questionnais beaucoup sur la façon dont je souhaitais le développer, comment manager si j’intégrais d’autres personnes, comment créer une ambiance de travail idéale propice à la créativité.

C'est comme ça que m'est venue l’idée du projet West is the best.

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Justement quelle est la genèse du road book « West is the best » ? 

Joran Briand

Ayant grandi en Bretagne, au bord de l’océan, j’ai toujours été tiraillé entre Paris et la côte. J’adorais New York parce qu'il y avait cette proximité avec l'océan, en France c'est plus problématique car ce pays est centralisé.

À l’époque, j'avais envie de comprendre précisément ce qu’était le lifestyle californien. Afin de me faire mon propre avis sur ce style de vie, j’ai sillonné toute la côte californienne de San Diego à San Francisco. Je suis parti à la rencontre de créatifs que j’appréciais par leur démarche associant travail et bien-être. J’ai tenté de comprendre comment ces personnes avaient réussi à trouver leur équilibre entre les contraintes de leurs disciplines artistiques et leur envie d’immersion.

J’ai pris conscience que cette expérience devait être partagé et documenté et c’est ainsi que le livre West is the best n°1 est né : un carnet de voyage avec des interviews, des photos et récits, tiré à 800 exemplaires.

Ce premier numéro a été un grand succès et nous a poussé à faire un deuxième numéro. La seconde version a été réalisée en France et regroupe une vingtaine de créatifs qui racontent comment ils ont réussi malgré cette contrainte de centralisation française à trouver un équilibre entre leur passion pour l'océan et leur développement artistique. On retrouve par exemple Ronan Bouroullec qui est aussi un passionné de surf, Jérémie Bélingard, un danseur étoile pour qui la mer influence ses chorégraphies, ou encore Christophe Vasseur qui est surement le seul boulanger parisien à fermer le week-end pour aller au bord de l’eau. Ça me fascine de voir comment ces personnes arrivent à s'adapter comment ils arrivent à être à l’écoute de leur passion sans se mettre en danger professionnellement.

D'Days

Et toi, tu as trouvé comment t’adapter ? 

Joran Briand

Ce deuxième numéro m’a aidé à franchir le cap ! Je suis en train d’acquérir un hangar en Bretagne à quelques mètres d'une des plus belles vagues de France. On gardera toujours nos bureaux sur Paris mais l'idée est d'avoir un espace de travail plus grand pour prototyper, maquetter et inviter nos clients et collaborateurs à travailler autrement. Cet atelier permettre aussi d’offrir un espace de résidence artistique pour la communauté West is the best.

Avec la nouvelle ligne TGV qui sera inaugurée cet été l’atelier « West is the best » sera qu’à seulement 3H30 de Paris.

L'enjeu de cet atelier sera aussi de travailler avec des entreprises bretonnes, pour développer leur approche design. Cette région à un grand potentiel industriel et artisanal où le design est malheureusement encore trop timide.

D'Days

Ça évoque quoi pour toi le made in France ? 

Joran Briand

Nous devons être comme des cuisiniers, il faut « reconquérir nos territoires ». Quand on construit un projet, on doit avoir conscience qu’on est sur un terroir : il faut donc réfléchir aux savoir-faire et au matériaux qu'il y a à proximité afin de diminuer l’impact sur l’environnement.

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Pour le Festival, tu présenteras notamment le tabouret Tool qui est en fibre de jute, peux-tu nous en dire plus ?

Joran Briand

J'aime beaucoup ce tabouret parce que c'est un projet d’amitié. L’histoire de Tool est liée à Corentin de Chatelperron, un ami d’enfance, un aventurier ingénieur, touche à tout qui a créé l’association Gold of Bengal au Bangladesh pour promouvoir la fibre de jute. Un matériau écologique à fort potentiel mais dont l’industrie est en totale décroissance. À l’époque Corentin m’avait demandé de dessiner un objet manifeste pour montrer les capacités esthétique et structurelle du matériau. Je suis donc allé au Bangladesh, et avec l’aide du VIA, j'ai dessiné cette assise rudimentaire qui prend la forme d’une borne d’amarrage. C’est ainsi qu’est né Tool qui signifie "tabouret" en bengali. Depuis, il a été édité chez SaintLuc, en fibre de lin pour le marché européen et bientôt en fibre de jute pour le marché asiatique.

« J'aime à me dire qu'on essaie d'éroder les objets jusqu'à ce que l'on trouve une forme qui exprime l'essence même de sa fonction. »
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L’univers de la mer est au cœur de l’exposition « Submersion » proposée par D’Days et Panerai pour le prochain Festival du Design. La plupart de tes pièces sont inspirées de l’océan. Comment arrives-tu à mêler ce sujet à ton travail ?

Joran Briand

L'univers marin créé des formes érodées par le temps, qui vont à l'essentiel et qui sont d’une justesse très poétique. Au studio, on essaye d'être le plus juste pour être le plus pérenne possible. J'aime à me dire qu'on essaie d'éroder les objets jusqu'à ce que l'on trouve une forme qui exprime l'essence même de sa fonction.

D'Days

As-tu d'autres sources d'inspiration ?

Joran Briand

Elles sont multiples et sans doute communes à tout designer. Je suis comme un gosse quand je découvre un nouveau savoir-faire ou un nouveau matériau.

Je crois que la force de notre métier, qui peut aussi être un défaut, c'est notre approche généraliste. Grâce à cette vision globale, on sait s'adapter et on sait être à l'aise sur différents types d'échelle de projets.

D'Days

As-tu des matières de prédilection ? 

Joran Briand

On n'a pas de matière de prédilection. On aime travailler sur des matériaux et des savoir-faire nouveaux en menant une réflexion liée au contexte du projet. Je pense que c'est cette naïveté et ce bonheur à l'arrivée d'une nouveauté qui nous permet d'apporter un regard différent par rapport à des spécialistes ou des experts.

Par rapport à nos expériences, on a développé une certaine aisance avec certaines matières, comme le béton fibré en travaillant notamment sur les mantilles de la façade du Mucem et du stade Jean Bouin pour l’architecte Rudy Ricciotti ou l’aluminium avec la façade du projet Steel à Saint-Etienne.

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L’exposition « Submersion » de D’Days et Panerai sera présentée au Musée des Arts décoratifs du 2 au 14 mai 2017.

Pendant le Festival, vous pourrez aussi découvrir les créations de Joran Briand en boutique Panerai.

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