[ Charrette ! ]

1ère manche avec Estelle Béline du Réseau Canopé

 

Présenté pour la première fois pendant le Festival du Design en juin 2016 et imaginé par le Réseau Canopé et D’Days, « Charrette ! » est un jeu de plateau qui a pour mission de faire découvrir le métier de designer. En mai 2017 « Charrette ! » revient sous une nouvelle forme. Avant de commencer une partie, on vous propose d’en savoir plus avec les personnes qui ont collaboré sur le jeu. 1ère manche avec Estelle Béline coordinatrice arts et culture du Réseau Canopé.

D'Days

Qu’est-ce que Réseau Canopé ? 

Estelle Béline

Réseau Canopé est un établissement public placé sous la tutelle du Ministère de l'Éducation nationale qui a pour mission principale d'accompagner les enseignants dans la mise en œuvre de leur métier. Il s'appelait autrefois le Scérén-CNDP (Centre national de documentation pédagogique) et était décliné en région (CRDP, CDDP). Peut-être davantage connu pour son rôle d’éditeur de supports pédagogiques, Réseau Canopé a étoffé et mieux fait connaitre depuis 5 ans, avec la redéfinition des missions du réseau dans le cadre de la loi de Refondation de l’Ecole, d'autres pans de son activité, notamment la formation des enseignants et l'action directe auprès des élèves. Le public ciblé par Réseau Canopé est aujourd’hui élargi à la communauté éducative, ce qui veut dire que même si les enseignants restent une cible très importante de nos actions, nos activités s’adressent à tous les adultes concernés par l'éducation des jeunes (parents, médiateurs des champs éducatifs, socio-éducatifs, culturels, professionnels de la culture, de la santé etc.). Nous pouvons travailler en partenariat avec l‘ensemble de ces interlocuteurs pour construire des projets communs et complémentaires en cohérence avec les politiques territoriales.

D'Days

Où êtes-vous basé ?

Estelle Béline

La coordination nationale Réseau Canopé est située à Chasseneuil-du-Poitou. Il existe une direction territoriale dans chaque grande région administrative et un Atelier Canopé dans chaque département. Les Ateliers sont des espaces où le public peut à la fois consulter ou emprunter des éditions transmédia concernant toutes les disciplines enseignées et les domaines liés à formation des professionnels de l’éducation. Ces espaces accueillent également des formations, des réunions ou d'autres événements.

Pour ma part, je suis à Rennes et je travaille à la Direction territoriale Bretagne – Pays-de-la-Loire en tant que coordinatrice arts et culture.

D'Days

Quel est son lien avec l’association D’Days ? Comment a débuté la collaboration entre Réseau Canopé et D’Days ?

Estelle Béline

L’impulsion vient du Ministère de l'Éducation nationale. L'aventure entre Réseau Canopé et D'Days est vraiment liée à une personne en particulier. C'est Brigitte Flamand, Inspectrice générale de l'Éducation nationale Design & Métiers d'art, qui nous a mis en relation et qui nous a proposé de développer un outil qui puisse permettre de mieux faire connaître le design à tous les niveaux scolaires, de sensibiliser les élèves sur le sujet, d’inciter à la découverte des filières de formation et des métiers du design.

D'Days

Quand a débuté la collaboration ?

Estelle Béline

Nous avons commencé notre collaboration au printemps 2015 en se demandant comment intéresser au sujet les adolescents et plus particulièrement les collégiens, un public qui ne connaît pas ou peu le domaine du design, qui n'irait pas forcément vers un livre sur le design de lui-même pour en savoir plus… Et l’idée du jeu est apparue comme un moyen d'entrer en douceur dans le sujet en permettant de faire vivre une expérience particulière.

D'Days

Pouvez-vous nous présenter Charrette ! ? Et revenir sur les origines du jeu ?

Estelle Béline

C’est un jeu de plateau qui se joue en équipe. L'objectif annoncé est de se mettre dans la peau d'un designer et d'une équipe de création d’un projet en design.

Il y a donc un plateau découpé en 3 étapes liées aux phases principales de développement d’un projet : la conception, la production et l’utilisation, ce qui est transcrit dans le jeu comme le moment où l’on présente le projet conçu au public. Il y a différentes cartes et notamment les cartes Projet prises en main par le « chef d’équipe » qui pilote le jeu. Ce leader désigné dans chaque équipe pioche une de ces cartes et fait deviner à ses co-équipiers les mots qui caractérisent le projet par le mime ou le dessin.

Comme dans la plupart des jeux de plateau, le parcours du jeu est constitué de cases à partir lesquelles on progresse. Tour à tour, les équipes lancent les dés ce qui leur permet d’avancer leurs pions. Il y a différents types de case : des cases contenant des questions de culture générale sur le design, des cases « boost » qui permettent d’avancer plus vite et des cases « embûches » qui, en général, obligent l'équipe à passer son tour, interfèrent en tout cas dans son avancée.

Le contenu des cartes est conçu et rédigé avec beaucoup d’humour, tout en apportant des connaissances réelles. Le discours est vraiment lié à l’activité concrète du designer, certaines expressions ou terminologies professionnelles caractéristiques contribuent à une acculturation discrète. Je me souviens notamment d’une carte proposée par Laureline de Leeuw de D’Days qui était en charge de la production et des contenus : nous ne l’avons finalement pas gardé mais elle disait « vous avez beaucoup de chance, vous gagnez un assistant ! ». C’était drôle d’imaginer une équipe de collégiens se réjouir ou sans doute plutôt s’interroger sur les bénéfices à gagner le concours d’un assistant.

Ensuite, nous avons fait tester le jeu. La première fois, c'était en juin 2016 à la libraire Canopé pendant le Festival du Design des D’Days, et la jouabilité n’était pas encore optimale. Nous avons donc fait des ajustements pour présenter un nouveau prototype en mai 2017. Nous allons éditer une centaine de boîtes pour l'usage de D'Days et de Canopé dans le cadre de leurs activités de médiation. Ensuite, nous verrons si l’usage de ce jeu incite à envisager une édition pouvant être commercialisée.

D'Days

Je crois que le nom du jeu a longuement été réfléchi... Au début, ce devait être « L'Oie du design », non ?

Estelle Béline

Oui, nous y avons beaucoup réfléchi. Au début, c'était effectivement « L'Oie du design » et pourquoi pas, le concept étant inspiré de plusieurs jeux de plateau traditionnels, on retrouve un principe de cheminement par cases. Mais le nom « Charrette ! » est plus intéressant parce qu’il est énigmatique au premier abord...

Dès la règle du jeu, on commence justement par expliquer d'où vient ce terme : de l’univers des étudiants en architecture du XIXe siècle - il y a donc un lien avec une autre sphère professionnelle de la création. Mais ce terme peut surprendre car on pense spontanément à la petite carriole et pas forcément à l'image qui en découle : « être pressé », parce qu'il faut finir son travail sur la charrette qui nous amène à l'école d'architecture.

Le sous-titre « Dans la peau d'un designer » oriente davantage la compréhension du sujet au centre du jeu. L’expression « Dans la peau de » interpelle car on se demande éventuellement jusqu'où ça va aller. Dans l’esprit des adolescents, il peut y avoir un écho avec certaines émissions télévisées actuelles !

D'Days

Concernant le développement du jeu, le choix des questions, des projets, du graphisme, etc, s'agissait-il d'un travail en équipe ?

Estelle Béline

Oui, tout à fait. L'intérêt du partenariat, et c’est ce que Réseau Canopé cherche à faire, c'est de partager les compétences. Donc là, ce qui nous intéressait chez l’équipe D'Days c'est la connaissance qu’ils ont des métiers du design.
C’est Laureline de Leuuw qui a conçu la trame et les contenus du jeu à partir d’une réflexion commune sur les objectifs souhaités. L’équipe des collaborateurs Canopé a ensuite testé, relu et adapté dans l'optique d’un usage en milieu scolaire, entre autres, puisque l'idée est aussi de viser un public familial et la communauté éducative.
Réseau Canopé et D’Days vont agir de concert pour diffuser et accompagner le jeu dans leurs réseaux afin de multiplier ses usages.

D'Days

"Charrette !" est un serious game... pouvez-nous préciser ce qu'est un serious game ?

Estelle Béline

Il y a des acceptions diverses concernant ce terme. Nous l’avons abordé avec l’idée d’articuler une dimension ludique et une dimension éducative à part égales : peut-être que l’équilibre sera discuté par les usagers… Nous serons attentifs aux retours des publics, comme nous le sommes depuis les toutes premières séances de test, afin de poursuivre la réflexion engagée avec ce projet. Peut-être qu'on pourra considérer que c'est trop ludique et que ce n'est pas assez éducatif, ou l'inverse...

Le moteur de ce serious game, ce qui nous a semblé essentiel dans sa conception, c'est le cheminement induit pour la personne qui va jouer. Le jeu est une façon d'entrer dans la connaissance qui n'est pas frontale et qui n'est pas descendante. C'est une stratégie pédagogique, une manière d'être sérieux - parce qu'il y a des règles, un cadre à respecter - et en même temps une manière de s’amuser. Par ailleurs, le jeu rend actif, place les participants dans la quête collective d’un contenu à construire ensemble.

D'Days

Avez-vous déjà eu des retours du public ?

Estelle Béline

Nous avons déjà effectué plein de tests. La première fois, c'était en juin 2016 à la libraire Canopé pendant le Festival du Design des D’Days. Ce sont à la fois des élèves de collège, des familles et des designers qui ont pu jouer. Des tests ont également été menés par Laureline de Leuuw dans un collège et à l'École Boulle, par Scott Longfellow à l’EDHEC de Lille et par Vincent Desrouseaux et moi-même auprès des coordinateurs arts et culture Réseau Canopé en novembre dernier. L’Atelier Canopé de Brest est également associé pour une ultime expérimentation avant l’impression en avril…

Parmi les ressorts intéressants du jeu déjà repérés lors des tests, il y a cette possibilité d’utiliser le mime pour faire deviner les mots clés de la carte « Projet ». Par exemple, lors de l’expérience à la libraire Canopé à Paris, nous avons reçu deux groupes qui n'étaient pas francophones, composés d’élèves arrivés récemment en France : le mime a permis une appropriation immédiate du jeu (avec une aide préalable pour bien faire comprendre à l’élève concerné le sens du mot à faire deviner à son équipe) et un travail sur le langage.

Nous avons également pu observer que certaines questions sur la culture design pouvaient être délicates selon l’âge des participants. Nous avons réalisé des adaptations mais maintenu un panel diversifié en difficulté. C’est tout à fait formateur de ne pas savoir donner une réponse juste systématiquement sans que cela ne mette en péril le déroulement du projet dans son ensemble. On peut se tromper, on peut ne pas tout savoir et tout en avançant à son rythme on fixe néanmoins des repères culturels petit à petit.

/////

« Charrette ! » sera présenté à la Galerie Joseph – 116 rue de Turenne, 75 003 Paris – du 10 au 14 mai 2017.

Partager

En lien

KEEP IN TOUCH