Birdie-Bijou

Une signalétique bambou, béton & rock’n’roll au Musée des Arts décoratifs

 

À l’occasion du Festival du Design, les designers Johan Brunel, Benoît Bonnemaison-Fitte (Bonnefrite) et Nicolas Omet (Niconico) s’associent sous le nom de GORKI! pour imaginer un scénario de signalétique hors-norme au Musée des Arts décoratifs à travers la création homemade de totems géants, formes en sérigraphie et couleurs fluos. Ce projet nommé Birdie-Bijou, réalisé grâce au soutien de Leroy-Merlin, transporte le visiteur sur un parcours de golf. Synergie parfaite avec la thématique Let’s Play du Festival. Rencontre avec ce trio d’amis, en prélude de leur installation aux Arts Décos.

D'Days

Pouvez-vous vous présenter ? Quelles sont vos activités ?

Johan Brunel

Je suis designer et je travaille sur des objets, des installations et des aménagements, souvent pour des lieux à vocation culturelle. J’ai été diplômé de l’ENSCI – Les Ateliers en 2003 où j’ai rencontré Nicolas. En ce moment, je travaille sur le projet d'aménagement du hall et du restaurant de la MC93, la Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis à Bobigny, qui ouvrira en mai prochain, L'année dernière, j'étais pensionnaire à la Villa Médicis. Il y a 2 ans, j'ai réalisé avec Samuel Misslen une capsule en bois bioclimatique qui m’a valu le 1er prix Émile Hermès.

Nicolas Omet

Je suis designer et architecte DPLG (Ndlr : Diplômé Par Le Gouvernement) diplômé de l’ENSCI – Les Ateliers depuis 20 ans. Cela fait 4 ans que je travaille essentiellement sur des projets privés d’appartements dans toute la France, après avoir fait une dizaine d'années en agence. J’étais installé à Londres pendant 2 ans où je menais des projets de maisons haut de gamme.

J’ai basculé dans l'architecture pour essayer de défaire les limites du designer. Maintenant, dans ces projets exclusifs, j’interviens au niveau du contenant et du contenu. Je fais à la fois l'habitat mais aussi les meubles, les installations…

Mais mon appétit pour le design est revenu pour des questions de gestion administrative, c'est-à-dire que l'architecture, aujourd'hui, représente beaucoup de gestion et peu de création. Ma volonté est de revenir vers l'objet pour augmenter la part de créativité, de création mais aussi de plaisir à faire des choses avec des amis ! 

Benoît Bonnemaison-Fitte

Bonjour ! Moi je brasse beaucoup d'air. Je n'aime pas les étiquettes et je me bats contre ça donc je ne suis pas sûr d’arriver à donner une réponse claire. Effectivement, j'ai fait des études de design d'objet pour dessiner et faire de la peinture après, ou de la musique, du spectacle… Le dessin reste quand même le centre de ma pratique. Ce qui m'intéresse, ce sont le sens des idées et les images. 

« On est d'abord amis et on cherche des excuses pour être ensemble. Donc une scénographie aux Arts Déco, c'était le bon moyen de réunir nos expériences. »
D'Days

Pour le Festival des D’Days, vous signez la scénographie du parcours d’expositions dans la Grande Nef du Musée des Arts décoratifs sous le nom de GORKI!, pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet ?

Johan Brunel

Les D’Days m'ont invité à faire une scénographie et j'ai tout de suite proposé à deux amis de collaborer. Pour moi, c'est essentiel de développer des collaborations entre amis. Gorki! c'est une sorte d'exclamation, une onomatopée. On s’amuse souvent à trouver des noms qui ne veulent rien dire mais qui sont beaux et qui parlent d’une énergie.

Nicolas Omet

C'est la première fois que l'on collabore tous les trois. J’ai déjà travaillé avec Johan qui était un des maitres artisans de mon diplôme à l’ENSCI. Benoît était à l'école un an avant moi, puis on est parti au Chili et on a habité longtemps ensemble à Paris. On est d'abord amis avant d’être collaborateurs et on cherche des excuses pour être ensemble. Donc, une scénographie aux Arts Déco, c'était le bon moyen de réunir nos expériences.

Benoît Bonnemaison-Fitte

On a tous les trois fait la même école, on est très ami mais on est aussi très différent. Ça c'est le point de départ de notre collaboration et c'est ce qui fait qu'on est là autour de cette table. Je ne sais pas si c'est louable comme raison mais nous avions surtout envie de nous retrouver et de faire des choses ensemble. C'est un alibi, un prétexte.

« Il faut que les gens soient libres de se promener et de se perdre un peu. C'est ça aussi la rêverie, de se retrouver dans un cul-de-sac aux Arts Déco ! »
D'Days

Quel est le principe directeur de cette scénographie ? En quoi votre proposition fait écho à la thématique let’s play ? Quelle est la part de jeu et d’interaction ?

Johan Brunel

On a décidé de prendre ce projet comme un projet d'installation plutôt que de scénographie ou de signalétique. L’idée est d’installer un parcours en 18 drapeaux numérotés qui s’apparentent à des grands totems en bambous. Pour le public, c'est comme un jeu de piste. Mais c’est surtout nous qui allons jouer à installer ce parcours. 

Nicolas Omet

L’objectif, avant tout, était de répondre au brief, d’indiquer des informations pour chaque exposant et d’induire une circulation. Ensuite, on a trouvé un concept en rapport avec le thème du jeu. On s’est dit qu’on allait essayer de jouer ensemble et, pour cela, on a décidé de tout fabriquer nous-même, d’autoproduire. Donc, il s’agit de trois savoir-faire qui se rencontrent et on amène une valeur ajoutée « fait-maison ». On s'est fabriqué des éléments de jeu pour pouvoir jouer le jour de la mise en place.

Benoît Bonnemaison-Fitte

On résonne en termes de scénario. L’idée est d’essayer de raconter une histoire dans cet endroit mythique. Le cahier des charges des D’Days, c’était notre règle du jeu. Beaucoup de paramètres étaient à prendre en compte et nous devions trouver des solutions par rapport au lieu et par rapport aux autres designers.

On indique un chemin surtout pour inviter les gens à se perdre, c’est une balade, une espèce de petite errance qu'il faut complètement assumer et qui est très belle. Il faut que les gens soient libres de se promener et de se perdre un peu. C'est aussi ça la rêverie, de se retrouver dans un cul-de-sac aux Arts Déco !

« Dans ce projet « fait-maison », on s'amuse à titiller la question des process de fabrication. Qu'est ce qu'on est capable de faire nous-même aujourd’hui ? Comment produit-on les choses ? Comment est-ce-que l’on fabrique ? Quel est le degré d'autonomie ? »
D'Days

Pouvez-vous nous parler des matériaux utilisés et des choix graphiques ? Comment allez-vous gérer l’architecture du lieu et des espaces ?

Johan Brunel

On va utiliser du bambou, du béton, du bois, de la sérigraphie et de la lumière. Nous avons dû faire des choix assez importants par rapport au fait d'être dans les Arts Décoratifs. C’est un lieu très chargé en termes de matériau, de décor, avec des sols en marbre, des parquets incroyables, sans oublier les exposants qui ont des projets complètement différents. Donc, l'idée était d'amener des objets qui ont la couleur de leur matière. On va avoir des bambous verts qui sortent de la forêt, le béton couleur tel quel, teint dans la masse, et les interventions très colorées de Benoît.et les interventions très colorées de Benoît.

Benoît Bonnemaison-Fitte

On a eu l'obligation d'être ultra communiquant. On arrive avec le 20ème projet qui va lier toutes les propositions dans un lieu très particulier. Les drapeaux vont faire près de 4 mètres de haut, on pourra presque les voir de Nation ! Il y aura des plots béton de 100 kilos. On va utiliser la couleur de manière très particulière, pour avoir un rendu très fort et efficace. En ce qui concerne la sérigraphie, l’idée est complètement singulière et inventée. On fait des affiches autocollantes, grands formats, imprimées en sérigraphie sur du papier, et qui seront découpées sur place et collées au sol. On utilise la sérigraphie d’une drôle de façon, pas du tout classique. 

Johan Brunel

C'est un exercice d'improvisation. On prépare les ingrédients que l'on va cuisiner le jour de l’installation. On a réussi à ne presque rien dessiner au préalable, c’est une des forces du projet et c'est une nouveauté pour moi. Il s'agit d'une installation dont le vrai sujet sera aussi l'installation.

D'Days

Donc, vous n'avez aucune étiquette dans ce projet, vous êtes à la fois designer, maker et user, vous allez jouer avec votre installation. Vous faites tout de A à Z ?

Johan Brunel

Oui, c'est ça, on est un peu les trois. L'idée était d’essayer de ne pas être dans la sous-traitance pour une fois. On assemble tout, on a coulé le béton, on peint. Les bambous ont été cueillis par des amis de Benoît à côté de chez lui dans le sud-ouest…

Benoît Bonnemaison-Fitte

Dans ce projet « fait-maison », on s'amuse à titiller la question des process de fabrication. Qu'est ce qu'on est capable de faire nous-même aujourd’hui ? Comment produit-on les choses ? Comment est-ce-que l’on fabrique ? Quel est le degré d'autonomie ? Comment les idées sont-elles mises en formes ? La plus grosse partie de notre énergie a été de se poser véritablement la question de la production de ce dispositif d’objets. Mais le problème, c'est de pouvoir se permettre de faire ça car c'est chronophage, ça implique beaucoup d'énergie.

D'Days

Birdie-Bijou, pourquoi ce nom ?

Johan Brunel

« Birdie » et « Bijou », ce sont 2 expressions tirées du golf. Au golf, le birdie est un coup particulier, et quand on dit « c'est bijou », ça veut dire que c'est un beau coup, un coup parfait. 

Benoît Bonnemaison-Fitte

Le minigolf est l’une des références. On s’est inspiré de cet environnement graphique et de la richesse de ses formes.

D'Days

Quels sont vos autres projets en ce moment ?

Benoît Bonnemaison-Fitte

Je joue dans un spectacle "Chunky Charcoal" et je dessine en direct. On sera en tournée dans le sud-est du 2 au 6 mai.

Johan Brunel

J’ai dessiné le mobilier de la MC93 de Bobigny, qui ouvrira en mai prochain. Je travaille aussi pour le ministère de la culture sur l’aménagement d’ateliers-logements d’artistes à la Cité internationale des Arts à Paris, et sur un projet de mobilier pour équiper le grand restaurant universitaire du Crous à Créteil.

Nicolas Omet

Je travaille sur divers projets d’architecture à mon compte, et sur un projet surprise à Cuba, en lien avec la musique.

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Découvrez Birdie Bijou au Musée des Arts décoratifs pour le Festival du Design D’Days, du 2 au 14 mai 2017 à Paris.

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