En amont de la Biennale Révélations, où ils seront exposés pendant D’Days, nous avons interrogé les binômes d’artisan d’art / designer de Péri’Fabrique, le programme D’Days de co-création soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller avec le territoire d’Est Ensemble Grand Paris et Les Ateliers de Paris. Suivez-nous dans les backstages de Péri’Fabrique 2017. Du design, des métiers d’art et du love !

Nous avons poussé la porte de l’atelier-maison d’Aurélie Dorard, niché à Bagnolet. Un lieu hors du temps où la céramiste et la designer Leslie Landucci nous accueillent pour nous parler de leur projet FFOMECBLOT (un nom de code emprunté aux militaires pour désigner les fondamentaux du camouflage).

D'Days

Bonjour à toutes les deux. Pouvez-vous vous présenter ?

Aurélie Dorard

Je suis céramiste. J’ai une production de pièces utilitaires et décoratives, de petites séries et des pièces uniques. Je travaille les terres de haute température, le grès et la porcelaine. Cela fait cinq ans que je fais de la céramique et environ trois ans qu’il s’agit de mon activité professionnelle. Mon parcours précédent est très varié, mais je suis issue d’une formation en graphisme.

Leslie Landucci

Je suis designer. Dans ma pratique, je travaille souvent en partant du matériau pour ensuite découler sur les formes. J'ai fait les Arts Décoratifs en design produit, puis l'ECAL en design pour l'industrie du luxe.

D'Days

Leslie, as-tu un matériau de prédilection ?

Leslie Landucci

Non, pour moi ce sont les processus et les matériaux qui vont d’abord guider les recherches, pour ensuite amener la fonction ou l'histoire que l'on veut raconter. C'est important de partir de la matérialité des choses puis de s’ouvrir à d'autres sphères et de mélanger ces univers. J'aime découvrir de nouvelles choses, c'est pour cela que le métier de designer me correspond : chaque projet est différent, c'est une découverte permanente.

D'Days

Peux-tu nous présenter un de tes projets emblématiques ?

Leslie Landucci

J'en ai un, mais il ne répond pas du tout à ce que je viens de dire ! Il s’agit de mon projet de diplôme « Life goes on ». Je suis partie de l'idée que certaines personnes ont du mal à s'organiser, puis j'ai décliné cette problématique en imaginant de nouveaux systèmes de rangement et de visualisation du temps. Donc, dans cet exemple, c'est plutôt l'inverse : je pars d'un problème pour amener des solutions.

Au niveau de la matérialité pure, pour le projet « Burn Burn Mother Fuckin' Burn » j’utilisais du bois brulé. Le fait de bruler du bois me fascinait, d'autant plus que la seule qualité que l’on en retire est un effet waterproof et imputrescible. J’ai donc développé plusieurs séries de vases avec des formes archaïques issues d'un procédé japonais.

D'Days

Et toi Aurélie, as-tu un sujet de prédilection ?

Aurélie Dorard 

Je suis dans l'utilitaire. Mais je trouve poétique de faire des pièces qui accompagnent le quotidien des gens.

D'Days

Pouvez-vous nous présenter votre création pour Péri’Fabrique #6 ?

Aurélie Dorard 

Nous sommes parties de la matière : quelles sont les propriétés de la terre et comment les exploiter, comment les revisiter ? 

Leslie Landucci

Les premiers temps se sont passés en haut, dans la maison d'Aurélie, puis en parlant de nos envies nous sommes très vite descendues dans son atelier. On a passé beaucoup de temps à expérimenter et à partir de ces expérimentations, on a délimité un cadre en fonction de ce qui nous plaisait le plus.

D'Days

À ce stade, vous avez différentes propositions ?

Leslie Landucci

Le premier projet est une lampe qui utilise trois matériaux : le bleu mat, l'or et la terre brute. 

Aurélie Dorard

En céramique il y a deux cuissons, trois si on travaille le décor : on fabrique les pièces, après séchage complet on procède à la première cuisson puis à l’émaillage. Les pièces sont cuites une nouvelle fois jusqu’à 1280°C révélant les couleurs et matières définitives. Après les deux cuissons, l’or est posé au pinceau, puis la pièce est à nouveau cuite jusqu’à 800° environ. Il va fondre et se napper. Cette partie permet la réflexion de la lumière dans la lampe. L'idée est d'associer un matériau précieux à quelque chose de brut.

Dans mon travail, j'aime jouer avec ces correspondances entre quelque chose qui évoque la terre, l’organique et quelque chose de plus raffiné. 

Leslie Landucci

Le second projet porte sur le camouflage. Notre idée est de le travailler en drapé sur des pièces utilitaires et donc, réinterpréter la fonction d’origine du motif.

Nous avons aussi un autre projet de vase qui utilise l’email bleu mat. L’idée est de reprendre le fond d'incrustation que l’on voit au cinéma, et de mettre en scène une fleur à l’intérieur. 

D'Days

Avez-vous une préférence parmi ces 3 projets ?

Leslie Landucci

Dans chacun des projets, il reste des questions de mise au point. J’aime celui à propos du camouflage.

Aurélie Dorard

Les trois sont des projets assez techniques et expérimentaux, surtout celui du camouflage pour lequel on a testé plusieurs techniques en association, comme la coloration de la terre avec différents oxydes et pigments. Comme tu le vois, nous sommes encore un peu dans l'expérimentation. D’autant plus que chaque étape est un risque avec la céramique : pendant l'assemblage, si les pièces ne sont pas uniformément sèches, certaines peuvent commencer à se fissurer, ce qu'on ne pourra pas remarquer tout de suite d'ailleurs, mais seulement à la deuxième cuisson, voire à la troisième. 

D'Days

Comment s'est passée votre collaboration ?

Leslie Landucci

Très bien, nous nous sommes vues régulièrement, tous les vendredis.

Aurélie Dorard

Il y a une bonne émulation entre les envies de Leslie et mon univers, mes palettes.

Leslie Landucci

Nous sommes complémentaires. C'est un vrai travail à 4 mains.

Aurélie Dorard

C'était intéressant pour toutes les deux. La créativité de Leslie et les contraintes de la matière ont pu dicter la manière de faire des pièces. Avec la céramique, il y a beaucoup de contraintes et cela conditionne un peu le projet.

Leslie Landucci

La lampe par exemple, je l'avais faite en 3D et je l’imaginais plutôt en moule. Aurélie m'a dit qu’il était préférable de la faire au tour. Finalement, je trouve que ça a apporté quelque chose d’intéressant au dessin, il y a un côté vibrant. Il y a une sorte de réappropriation du dessin qui fonctionne bien et qui rend le projet beaucoup plus vivant, c'est assez beau. 

D'Days

Pouvez-vous nous dire ce que vous avez apprécié dans le travail de l'autre ?

Aurélie Dorard

J'ai choisi Leslie parce que j'aimais ses projets, elle semblait raconter des histoires avec une dimension poétique. Elle attache de l’importance à l'expérimentation et à la matière.

Leslie Landucci

À chaque fois que je propose quelque chose ou que j'exprime une envie, Aurélie est partante et me dit « Ok, on y va ! », c’est agréable. Il y a toujours eu un enrichissement dans le dialogue et les propositions, ce qui a créé un bel élan et nous a donné envie de faire d'autres choses ensemble.

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Découvrez Péri’Fabrique #6 au Grand Palais pour Révélations, du  jeudi 4 mai au dimanche 7 mai de 10h à 20h et le lundi 8 mai de 10h à 19h.

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