En amont de la Biennale Révélations, où ils seront exposés pendant D’Days, nous avons interrogé les binômes d’artisan d’art / designer de Péri’Fabrique, le programme D’Days de co-création soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller avec le territoire d’Est Ensemble Grand Paris et Les Ateliers de Paris. Suivez-nous dans les backstages de Péri’Fabrique 2017. Du design, des métiers d’art et du love !

David Rosenblum est gainier doreur d’art à l’Atelier Bettenfeld-Rosenblum et Christian Ghion, designer, le binôme a travaillé en symbiose sur la table basse Over The Top. Rencontre.

D'Days

Pouvez-vous présenter votre atelier/studio en quelques mots ?

Christian Ghion

Je suis designer produit, je fais essentiellement des créations pour la maison : meubles, luminaires, art de la table... Je suis également architecte d'intérieur, principalement pour des boutiques, des show-rooms, ou des restaurants.

Mon parcours est assez atypique, car je suis juriste de formation. Lors de mes études de droit, je m'ennuyais à mourir, puis j'ai entendu parler par hasard d'une formation post-diplôme d'architecture, qui se faisait à l'école de Charenton et qui formait les gens autour du design et du meuble essentiellement. Je me suis lancé.

David Rosenblum

C'est drôle, car on a finalement encore plus de points en commun que ce que je pensais. J'ai moi aussi une formation dans le droit !

Je dirige l'Atelier Bettenfeld-Rosenblum depuis dix ans, c'est un atelier qui existe depuis 1895 et qui s'est spécialisé dès le départ dans la gainerie et la dorure traditionnelles. Mon père l'a repris en 1963 en apportant le côté maroquinerie et stylisme, puis j'ai introduit moi aussi différentes pratiques comme le traitement d'ennoblissement sur cuir. On travaille beaucoup en décoration d'intérieur, en haute couture aussi, sur des projets spécifiques. Nos clients sont assez variés, que ce soit en France ou à l'international. Quant à mon parcours, comme je le disais il est quelque peu similaire à celui de Christian : je me suis spécialisé en droit pénal, après avoir fait un cursus de dessinateur dans le domaine de la BD. Le droit m'a fatigué donc j'ai fini par retourner à mes premières amours.

D'Days

Est-ce que vous avez un sujet de prédilection ?

Christian Ghion

En termes de matériau, je suis devenu, au fil du temps, fou de céramique et de verre. J'aime beaucoup travailler avec des artisans quels qu'il soient. Depuis très longtemps, je pense que donner un dessin à un artisan en lui demandant de le réaliser est « trop facile » pour les designers ; à l'inverse, et je tiens à préciser que ce n'est absolument pas une remarque péjorative, souvent les artisans n'ont pas cette « culture artistique ». Je le vois sur différents salons, certaines personnes font des prouesses techniques avec un matériau, ils ont un vrai savoir-faire ; et il leur manque quelque fois une vision plus large, au-delà de la seule technique qu'ils mettent en œuvre. Cette vision qu'ont les designers n'est rien, s'il n'y a pas un artisan pour la maîtriser et la réaliser.

D'Days

Parlez-nous de la pièce que vous avez créée pour Péri'Fabrique ?

Christian Ghion

Au départ, on se demandait comment travailler ensemble, rassembler nos savoir-faire et nos énergies. Comme je n'y connaissais rien en gainerie ou en dorure, l'idée était de trouver un support sur lequel on puisse s'entendre. Reprendre un objet existant avait peu d'intérêt, c'était trop facile. Nous avons donc envisagé quelque chose de différent.

Personnellement, je n'avais pas besoin de créer une pièce spécifique, où l'on aurait vu le travail de chacun de façon dichotomique. Ainsi, j'ai proposé à David de partir d'un territoire neutre, en prenant une souche de bois et en la customisant ensemble. Je me suis occupé de la sélection et de la préparation de la souche, du travail graphique et de la vectorisation des tracés. Puis David a reproduit le dessin sur la peau, utilisant à la fois le laser pour la surface et sa dextérité pour le parachèvement. Le résultat final ne faisait pas de distinction entre le travail du designer et celui de l'artisan.

David Rosenblum

Plutôt que de travailler de manière dichotomique, comme l'a dit Christian, nous avons travaillé de manière symbiotique. Pour moi, ce travail est plus proche de la fusion que de l'alliance. 

D'Days

Christian, qu'avez-vous apprécié dans le travail de David ?

Christian Ghion

Sur le plan purement technique, je ne sais pas encore, j'attends de voir le résultat ! (rires). Je ne suis pas inquiet, David est très méticuleux. Je lui ai même proposé de simplifier, et il a refusé. Je verrai donc le résultat dans quelques jours mais je suis d'autant moins inquiet que sur le plan personnel, nous sommes sur la même fréquence. Nous discutons au téléphone comme si nous nous connaissions depuis plusieurs années. Et comme il n'y aucune question d'argent, il n'y a aucune ambiguïté.

D'Days

David, vous pouvez nous dire quelles sont les étapes de travail sur cette pièce ?

David Rosenblum

Elles sont multiples. Au niveau des étapes techniques, la première est le choix de la peau, il faut trouver une peau qui correspond au projet : couleur, corps... Une fois que ce choix est fait, le reste s'apparente à de petits réglages, qui sont cependant indispensables. Le réglage du laser, par exemple. Il faut faire des micro-tests pour voir comment réagit la peau. Ensuite, on stabilise la patine puis on fait la première coupe. Les corrections finales se font à la main, puis on laisse reposer.

D'Days

Avez-vous chacun d'autres projets en cours pour cette année ?

David Rosenblum

A l'Atelier il y a beaucoup de travail, nous sommes chargés jusqu'en janvier prochain au niveau des commandes d'ameublement.

Christian Ghion

J'ai un projet qui me tient à cœur en ce moment, qui verra le jour dans environ six mois, c'est un travail avec une grande manufacture de pâte de verre pour qui j'ai dessiné une collection. Nous sommes en train de préparer les moules, et les premières ébauches vont être faites d'ici une dizaine de jours. 

D'Days

Et des projets ensemble... ?

Christian Ghion

Pas pour l'instant, mais peut-être. Dans tous les cas, maintenant on se connait, et on sait que l'on peut s'appeler ou se voir si besoin ! 

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Découvrez Péri’Fabrique #6 au Grand Palais pour Révélations, du  jeudi 4 mai au dimanche 7 mai de 10h à 20h et le lundi 8 mai de 10h à 19h.

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